Un grain de sel sur l’islam, grain de sel dans l’amer

(1953)

Bonjour !

Je lisais ceci sur un forum :

Il y a un incontestable problème de cohabitation pacifique avec l’islam qui se veut universel et entend imposer sa vision de la gestion des affaires des hommes au reste du monde, si besoin est par la terreur.

J’ai répondu.

*

Cette phrase qui, je l’espère, ne représente pas le fond de votre pensée, est typique de la « grille de lecture identitaire ». Elle fait fi du contexte historique mouvant et contingent, des lignes de fracture et de tension à l’oeuvre dans toute réalité géo-politique.

S’il n’existe et ne peut exister d’autre islam, alors certes nous sommes fichus! Et si nous le pensons, alors les va-t-en-guerre de tous pays ont gagné, ceux de l’internationale djihadiste autant que autant que ceux de l’internationale du complexe militaro-industriel occidental.

Mais vous allez un peu vite!
Heureusement, l’islam, comme toute aire de civilisation, est pétri de contradictions et traversé par l’histoire.

Les Mille et une Nuits, l’art de vivre en Andalousie arabe, les poèmes d’al-Maari, syrien du XIe siècle, qui raillait la religion comme absence de cerveau et n’en est pas moins mort de vieillesse, les quatrains d’Omar Khayyam, mathématicien et scientifique par ailleurs, qui chantait le vin comme absolu du désir, toutes ces productions libertaires et amoureuses ont éclos en terres d’islam, et n’évoquent en rien le corpus borné et arriéré des ayatollahs ou des salafistes.

Les pays d’islam vaincus et humiliés, le plus souvent par l’Occident, se crispent sur un passé révolu et magnifié. On connaît ça partout! En terres de tradition chrétienne aussi, aujourd’hui même, nous voyons ces crispations. Dans la « patrie des droits de l’homme », en Hongrie et ailleurs. Il faut croire que l’Occident, dont les armées, l’économie, la science, les techniques et même la culture populaire dominent le monde, est peuplé de gens perdus et humiliés.

Les terres d’islam en période de paix et de confiance, ou de libération, confiantes en l’avenir, peuvent même rompre avec le religieux, ou le mettre à sa place, comme l’illustre cette narration cocasse, par Nasser, de sa rencontre avec le conseiller général des frères musulmans: c’était en 1953.
…Quelle régression, que d’occasions perdues !

Les musulmans progressistes et démocrates existent, les athées et démocrates en terre d’islam ou nés en familles musulmanes existent. Il y en a dans mon quartier et dans ma ville. Il y en a dans les universités.
Il serait tellement simple de les reconnaître, les saluer, les soutenir. Ce serait tellement naturel pour des démocraties, qu’en l’absence de ces actions on se demande quelle est finalement la vraie nature de nos régimes.

On ne peut pas dire que nos gouvernements se préoccupent de ça.

La plus constante préoccupation de nos régimes là-bas, c’est le pétrole, le gaz, la mainmise sur les ressources, le commerce, l’opposition à la Chine ou à la Russie.

La plus constante intervention de nos régimes là-bas, c’est la guerre.

Ce contenu a été publié dans Démocratie, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Un grain de sel sur l’islam, grain de sel dans l’amer

  1. Jules ERNOUX dit :

    Merci Guy pour cette réaction. Nous sommes dans un ethnocentrisme tellement embrigadé dans nos référents que nous sommes, pour la plupart, incapables d’avoir un regard historico-socio-culturel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.