Propagande et novlangue néolibérales, sans nous ! – «L’épargne»

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Bonjour !

Il faut déconstruire le vocabulaire de la propagande.
Il faut se désolidariser de la novlangue néolibérale.

Travaux pratiques d’aujourd’hui:
«épargne» et apparentés.

Prenons-en juste deux usages actuels :
1. Il se dit dans la presse que la Banque Centrale Européenne est de plus en plus critiquée en Allemagne, parce que sa politique serait de moins en moins favorable aux « épargnants » allemands.
Ah.
Cela fait des années que se répandent les discours sur les « épargnants allemands » , que la politique d’Angela Merkel a ou aurait pour souci, de protéger. Dans la crise grecque et ailleurs. Car Angela est une grande patriote, et c’est pourquoi elle sait comment construire l’Europe, autre mot de la propagande, plus exactement la patriote Angela Merkel sait comment construire une Ugnion Neuropénienne digne de ce nom, vraiment allem neuropénienne.
2. La crise financière de Chypre, avant la crise grecque et avant quelques autres encore à venir, a inauguré la période dans laquelle nous sommes: les impasses de l’euro deviennent visibles, et ce n’est pas qu’une vue une vision, c’est un drame, un drame social.
Il se fait que la crise chypriote (où le charmant Dijsselbloem a fait ses classes, et ne croyez pas qu’il y ait fait autre chose que suivre ses maîtres), la crise chypriote a produit une nouvelle pratique et une nouvelle règle neuropéennes…
Désormais est prévu le « bail-in » , c’est à dire le règlement d’une faillite bancaire avec recours aux capitaux internes (« in » ), en l’occurrence ceux des clients qui y ont fait des dépôts, et non plus en convoquant le « bail-out » des sources externes (« out » ), en clair celles qu’ont délivrées les États lors du krach de 2008.
Cette nouvelle règle est, entre parenthèses, tout sauf définitive, et qui vivra verra – mais passons.
Et comment désigne-t-on le recours aux fonds des déposants ? Ça se dit, recours « aux épargnants » .

Ha ha !
Et ha ha ha !
Mais qui sont-ils ces « épargnants » et qu’est-ce que leur « épargne »?

Ces gens sont techniquement et exactement : des titulaires de plus de 100.000 euros par compte.
Hum.
Un. Vous en êtes? (Si oui, qu’est-ce que vous fichez ici ?)
Deux. Vous en connaissez beaucoup?

Vous imaginez qui on doit être, et quoi on doit posséder, pour détenir plus de 100.000 euros sur juste UN compte? Et cela bien sûr en régime de croisière, pas exceptionnellement, suite à la vente d’un immeuble, à une succession, à l’assurance versée après une catastrophe, etc.
Vous imaginez le nombre de bagnoles, de résidences, d’autres comptes en banque, de portefeuilles d’actions et d’assurances, voire le nombre d’employés (hi !) que l’on possède, avant de détenir en plus et sur le côté, plus de 100.000 euros sur UN seul compte?
À vue de nez et à la louche, ces « épargnants »-là se situent parmi les cinq pour-cent les plus riches. Épargner, pour eux, ce n’est pas épargner. Épargner, pour eux, c’est avoir plus de fric qu’ils n’en dépensent – et en général ces gens-là dépensent beaucoup.
Ce que les économicuistres et les journalocrates appellent l’épargne de ces gens-là, c’est en réalité un excès de revenus.
(…Bon. On se calme : la part de l’honnêteté et de la légalité dans l’ensemble de ces avoirs est un vrai sujet. Certes… Mais c’est un autre sujet.)
Et imaginons tous les malins qui multiplient les comptes dotés de moins de 100.000 euros: encore un autre sujet! On dirait que l’Unugnon les a a-avertis.

Or les connotations du mot « épargne » sont doloristes.
C’est la fourmi de la fable, pas très drôle, contre la cigale, musicienne et heureuse de vivre.
Le fonds ancestral du mot « épargne », oui, c’est de la douleur, une peur de l’avenir, de longs efforts de grattage et de lésine (« lésiner », …à l’école, vous vous souvenez?), euro après euro. De la vertu, du renoncement. Des privations. Un tribut lourdement payé par les générations pas si lointaines qui nous ont précédés. Et pour certains de nos contemporains, de plus en plus nombreux, c’est la vie d’aujourd’hui.
Tel est bien le fond de ce mot de la novlangue politique, économicuistre et économicrapuleuse, qui se dit et s’écrit épargne.

Oui, d’innombrables discours nous parlent des épargnants.

C’est un mot parmi des dizaines d’autres qu’il faut cesser de partager avec la propagande.
Il faut cesser de le répéter sans réfléchir, arrêter de faire comme si son sens était évident, universel, social, partagé, acquiescé. Les tenanciers de la grande « épargne » n’épargnent pas, ils sont juste dans un excès de revenus.
Nous n’acquiesçons pas. Appelez-ça l’argent à placer, les gars, appelez-ça l’argent sans emploi. L’excès de revenus. L’argent paniqué. L’argent enfui.
Mais en aucun cas, cet argent n’est ce qui se dit depuis des siècles: épargne.

…Quand Bush junior faisait la pub de son projet de loi contre les droits de succession, destiné à favoriser les héritiers des très-très-grandes fortunes, il répandait des images d’artisans et de gens modestes qui eux savent ce qu’est « épargner », pour que les Américains d’en bas approuvent.
C’est exactement ça, l’arnaque du mot « épargnants » .

C’est une escroquerie pour toucher le coeur des pauvres qui en oublient leur cerveau, en faveur des riches qui ont restreint l’usage de leur coeur au cercle étroit de leur famille et de leur caste.

Eh bien, c’est sans nous !

Guy

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