Causeries d’après élections

 

HollSarko

Bonjour,

 

Je ne sais pas vous, mais moi, les commentaires d’après élections me pompent l’air.
Et plus ils sont savants, ou apparemment savants, plus ils m’asphyxient.

En juin 2009, je m’énervais sur le site d’Une Autre Gauche, que j’avais erronément supposée représenter Une Autre Autre Gauche, voire Une Outre-Gauche, à propos des commentaires attribuant la qualité de sujets dotés d’un psychisme complexe et dignes de l’homo sapiens sapiens, à des mouvements dans les résultats électoraux censés exprimer le désarroi, la confiance, l’amour et la fidélité, le ras-le bol, des paris plus ou moins audacieux ou plus ou moins machiavéliques, et d’autres états psychiques élaborés motivant « LE » électorat.

Aujourd’hui, que de l’eau a passé sous les ponts de nos apprentissages, je lis le blog de Paul Jorion, et là aussi les attributions de sujet, comme, à d’autres microphones, ceux dont l’on charge « les-marchés » – dont la psychologie raffinée et volontariste ne vous a pas échappé, me hérissent un poil qui ne demande qu’à être caressé dans le bon sens.

Vous trouverez donc ci-dessous le billet que je viens de déposer aux pieds de ces excellents amis de Chez Paul Jorion Le Blog.

Bien à vous ! 

Guy

__________________________________

Chers amis du discours,

Les élections, c’est comme le football, le football, c’est comme l’économie. Ce sont des occasions de bavarder sur le voile des choses. Ce sont des domaines de commentaire où se déploient des trésors d’observation, de mémoire et d’analyse, mais comme à Byzance finissante, les trésors de l’érudition appliqués à l’illusion en produisent que de l’illusion. Science sans conscience…

Les élections comme l’économie et toutes deux plus que le football, finalement, isolent un champ d’observation qui n’a pas d’autonomie, des tranches de réalité « surdéterminées », comme disaient les structuralistes, par des déterminations de fond, un champ dont l’examen ne semble produire de la pertinence qu’à la condition que le réel qui l’englobe, le fameux « toutes autres choses égales par ailleurs » des économistes, veuille bien s’en tenir à une discrétion absolue. Alors les équations keynésiennes paraissent fonctionner, et, dans les années « glorieuses » d’après-guerre, donner aux gouvernants l’illusion qu’ils maîtrisent l’allure, une petite relance par ici, un petit coup de frein par là, d’une monture qui en soi progresse à vitesse continue ou continûment accélérée, et qui bientôt ne répondra plus à aucune de ces mesures inspirées par le bon John Maynard K. L’économie n’a pas de réelle autonomie sur le long terme, et c’est bien pour cela que les discours d’un anthropologue, Paul Jorion, renvoient la très grande majorité des éconolâtrologues à leur impuissance. L’économie ne devrait pas être laissée aux économistes.

Les courbes électorales comme les statistiques financières sont des illusions du calcul aveugle, et ne peuvent rendre compte des inflexions de leur mouvement, qui par définition ne prennent pas racine dans les chiffres précédemment observables, mais représentent des ruptures de la continuité apparemment, algébriquement ou statistiquement, à l’oeuvre. La foi calculatrice, le sauve-qui-peut numérisateur, des conseillers en spéculation atteignent en ces temps d’autodestruction de la finance, un niveau presque touchant de dérisoire et de vanité.

Pour en revenir au commentaire électorisé, parler de stratégies et de victoires, de défaites et d’analyses, relève de l’inflation du cogito.
Lénine disait manipuler la console de pilotage de l’histoire. Mais c’est l’intérêt du Prussien qui lui a offert par wagon plombé une victoire que la vulgate internationaliste orientée-Moscou a prétendue sienne.
Roosevelt, le sauveur, n’a sauvé que le capitalisme et ses classes dominantes d’une crise auto-produite à la gravité jamais vue, et sa politique était de l’eau tiède en charge d’éloigner le feu de l’insurrection qui flambait dans les grandes villes.
Le Front populaire, lui, n’était pas une victoire électorale, mais la traduction dans les urnes d’un mouvement qui agitait le ventre de la France.
Quant à la tentative légaliste et électoraliste d’Allende, elle avait pour ressort une lame de fond populaire, qu’elle a menée désarmée à la casse.

Cessons de gloser doctement sur le miroir aux alouettes électoral ! Howard Zinn savait le dénoncer durant les vagues d’optimisme de la première campagne présidentielle d’Obama – ainsi son article intitulé Folie électorale à l’américaine.

Et saluons Paul Jorion de n’avoir pas cédé aux sirènes de l’engagement partidaire ou partisan.
Voilà toujours une casse d’évitée!

Ce contenu a été publié dans Démocratie, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *