Langue de bois ministérielle et audace journalistique: Les militaires belges sont-ils des mercenaires?

voix de son maitre 0

Bonsoir!

Aujourd’hui aux infos de 23 heures à la radio Rtbf Première, il apparaît que le coût des gardes par l’armée de certains lieux publics en Belgique est chiffré et facturé, pour cette année, à 18 millions d’euros, qui seront payés pour l’essentiel par le ministère de l’intérieur.

Qu’un ministère « fédéral » facture des frais à un autre, du même « niveau de pouvoir »  montre la perfection comptable à laquelle l’État belge a pu accéder et se maintenir.

[Remarque incontournable: « Niveau de pouvoir » est une expression belge: il y a « fédéral », « régional » et « communautaire ». Il y a cinq gouvernements dans la Belgique de 11 millions d’habitants.
Le bidouillage institutionnel fédéraliforme ou morpho-fédéral belge a quelque chose des compartiments étanches du Titanic: il faut empêcher le navire de couler, et ce qui se passe dans votre compartiment ou « niveau de pouvoir » ne se réglera pas ailleurs dans ce pays qui n’est plus un pays. Si la Floride belge connaît un crash immobilier, ne vous attendez pas à ce que le Washington belge vienne à la rescousse. Non, le Washington belge tuera la Floride belge comme le Washington neuropénien dépèce la Grèce. C’est ça le fédéralisme, c’est ça l’union, labéllisés UE. ]

Le citoyen ahuri élève son niveau de conscience à l’écoute de cette merveilleuse pédagogie ministérielle, qui le prépare, plein de gratitude, à sortir son portefeuille pour payer le sourire du premier employé venu à n’importe quel guichet, public ou privé. Le secteur privé, vous l’avez peut-être remarqué, a réinventé la bureaucratie à coup de call-centers, de centrales téléphoniques automatisées et de serveurs informatiques, où il faut un miracle, ou une erreur, pour parler à un être humain local et localisable.

Pour revenir aux infos de ce soir sur la radio Rtbf Première, le journaliste de service a osé la question que je me posais en écoutant la nouvelle: « Mais de quoi se composent ces frais de garde par l’armée » ?

Je pense à du carburant. À du téléphone à la rigueur, même si c’est un peu radin.
Des frais de munitions, il n’y en a pas eu, puisqu’ils n’ont pas tiré.
Dix-huit millions.
Alors? Des primes pour le personnel, des heures supplémentaires? On sait que pour l’Afghanistan et compagnie, les militaires qui y allaient arrondissaient confortablement leurs faims, pardon, leurs fins de mois.

…Qu’a répondu le ministre?
Il a dit: « Les frais supplémentaires.« 

Ah.

Et le sujet est clos.
Fin des trois secondes d’audace journalistique. Les journalistes sont audacieux, mais pas …
Et les militaires sont courageux, mais pas dévoués ni bénévoles. Il sont prêts à faire le bien, à condition qu’on les paye. Ont-ils l’excuse d’être mal rémunérés, comme au Mexique ou au Congo (mes excuses aux Mexicains et aux Congolais), et les coups durs deviennent-ils des aubaines, ou de bienvenues corrections de salaire?
Pour les hommes de la base, je ne sais pas – sans avoir la naïveté d’ignorer que le modèle de l’armée, c’est l’inégalité de principe.
Je sais que les officiers, eux, sont payés et logés pendant leurs études, et qu’au terme de leurs cinq ans de formation, leur revenu net tourne autour de 2.500 euros par mois. Allez dire ça dans les banlieues et dans les universités. Et bien sûr, le revenu des officiers monte d’année en année, moyennant quelques examens, et ne s’arrête de monter qu’à la retraite, où ils percevront autour de 90 pour-cent de leurs derniers salaires, le plus fort taux de retraite de la législation sociale belge (en-dehors des statuts européens et de la politique de premier rang.)
Bon. Vous vous souvenez d’un débat sur la question? Vous avez voté pour ça? Votre père? Votre grand-mère?

[Remarque incontournable: nos sociétés rémunèrent le début de carrière d’un militaire formé pour commander, obéir et tuer, au même niveau que la fin de vie active d’un enseignant en charge de la jeunesse de trois à dix-huit ans. Elle est pas belle, la vie?]

Par comparaison, le métier de pompier n’est pas reconnu comme profession dangereuse, en conséquence de quoi un « soldat du feu » belge est tenu au même service à cinquante ans, que dans sa jeunesse.
Etc.
Mais surtout, pensons à la population que les mystères de la langue appellent « civile ». Voilà un mot qui dans le contexte devient grinçant: Bande de civils! Espèces de civils! Est-ce que j’ai une gueule de civil? Hé, civil, t’as vu ta bagnole?
T’as vu ta pension, hé, c…?

Que de questions!

Les militaires belges sont-ils rémunérés, ou sont-ils achetés?
Les militaires belges sont-ils des mercenaires ou adhèrent-ils à une idée quelconque du bien commun?

…Et les journalistes?

Ha ha.
Je ris du rire de Pierre Desproges. Le rire qui noue les tripes.

Mais n’importe.
Je vous souhaite une bonne nuit, une bonne journée!

Guy

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PS: il y a eu la même info, sur la même radio, à 24 heures, mais sans la question au ministre.

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2 réponses à Langue de bois ministérielle et audace journalistique: Les militaires belges sont-ils des mercenaires?

  1. X dit :

    Ah! Les journalistes! Je vais vous dire. Émission « C’ dans l’air ». Sujet : la dette grecque. Quatre invités pour débattre. Dont Éric Woerth, l’homme aux « affaires », qui développe le thème de la « malhonnêteté du nouveau gouvernement grec »! On n’en croit pas ses oreilles… si bien qu’on zappe. Mais je dois être encore hors sujet, ou dans un sujet déjà dépassé. Le problème du jour, c’est le budget de l’armée.

  2. Pierre dit :

    C’est bien à cause de ce genre de choses que j’explique toujours que sans humour (humour au 8ème degré, donc un art assez difficile) dans ce pays, on se… flingue.

    C’est ainsi que j’allai tout à l’heure payer le loyer à mon propriétaire niçois en rigolant franchement. Sans doute le climat (d’ici), à moins qu’un effet soudain de l’antidépresseur, allez savoir.

    Notez, le Belge aime bien rire, mais est sérieux en affaire; moi, l’affaire Belgique ne me fait plus rire du tout (ne m’a jamais vraiment amusé serait plus juste). Mais comme je pratique le 8ème degré…

    😉

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