Les surprises d’hier et d’aujourd’hui

Modèle 1. Les chiffres des sondages présentaient jusqu’à avant-hier une progression linéaire (Wergosum)

Bonjour!

 

Midi. C’est le jour J du premier tour des élections présidentielles en France, une occasion de me livrer ici à un petit jeu en ligne.
Un pote matheux a établi le graphique ci-dessus, montrant une évolution remarquablement linéaire des intentions de vote selon les sondages, vers un second tour Mélenchon-Le Pen.

Je fais la remarque que s’en tenir à cela serait naïf, en écartant même l’étroitesse des écarts. Car il y a premièrement l’objection générale, selon laquelle ce qui est linéaire l’est jusqu’à ce qu’il ne le soit plus… et que par essence aucune projection, linéaire ou pas, ne peut annoncer sa fin, la fin de son espace de définition.

Deuxièmement et plus concrètement, nous sommes dans le cas d’une élection. En conséquence, aujourd’hui à 20 heures, chaque électeur inscrit se sera prononcé entre abstention et choix divers. Les lignes des graphiques s’arrêteront pile sur la ligne de leur mort éternelle. C’est intéressant! Les statisticiens ont-ils un nom pour ça, les séries qui s’arrêtent à un moment t prédéfini et définitif?

*

Ainsi, un grand nombre de facteurs plus ou moins inconnus vont coaguler aujourd’hui.
Certains disent, et je ne sais pas d’où ils sortent cette affirmation, que 10 pour-cent des électeurs feront leur choix le jour même de l’élection. Il faudrait avoir une grille d’analyse sensée de ce jour J, un deuxième modèle pour fermer le modèle 1, comme on ferme un accord en musique.
Nous sommes le jour J à midi.
Je raisonne dans les termes « surprenant » et « prévisible ».

Un des intérêts de la journée est que le prévisible reste très flou, malgré la corrélation des chiffres dont nous disposons.
Le résultat d’à peu près chaque candidat sera surprenant. Et cependant, nos cerveaux l’installeront très vite comme un résultat attendu, dans la catégorie « après tout, ça ne m’étonne pas » .
Voici mon grain de sel.

Les surprises de ce soir

Je m’attends à un effondrement du vote Hamon, plus fort que toute prévision. Je ne dis pas de chiffre, mais je ne serais pas surpris qu’il nous surprenne, pour s’étaler autour de 5 pour-cent. Ce sera la plus grosse surprise, en %. La question corollaire est: où se porteront ces défections, entre abstention, Macron, et Mélenchon?

Ensuite, j’espère une surprise en excès du vote Mélenchon.
Je suis très conscient de ne pouvoir séparer mon intellect de mes affects dans le cas Mélenchon. J’ai l’impression que si la campagne durait encore quelques jours, sa dynamique se poursuivrait*. Et je subodore un biais des instruments de mesure à la négative sur ses résultats: les sondages ne pourraient « par nature » que se tromper dans un seul sens sur le vote Mélenchon: le réduire. Et encore: je crois avoir décelé que certains partisans d’Hamon se résigneront au vote utile pour Mélenchon, comme certains partisans de Poutou, dont la campagne est plus que réussie, et qui n’aurait par hypothèse aucune chance d’accéder aux 5% nécessaires pour un remboursement de ses frais de campagne.
Tout cela me fait un cocktail avec un peu de rationnel et beaucoup d’espoir, au taux d’ivresse modéré par le souci de ne pas trop espérer, pour ne pas être trop déçu en cas d’échec du vote insoumis. J’ai rencontré beaucoup d’impuissances à s’enthousiasmer, que j’attribue à ce genre de mécanisme de défense.

Les surprises des jours passés

Ma dernière grosse surprise des semaines passées n’a pas été la fixité des sondages Le Pen ou Macron. Elle, c’est une tristesse bien connue depuis une trentaine d’années, lui, c’est le score « vu à la télévision », typique de la médiocrité de notre époque.
Ce qui m’a surpris, et donc que j’ai appris, c’est l’invraisemblable solidité du choix Fillon (toujours selon les sondages.) Les électeurs de Fillon sont ceux qui voteront Le Pen au deuxième tour si leur candidat n’y est pas. Ils sont la deuxième aile du pétainisme transcendental français trop observé dans l’histoire, ainsi nommé par Alain Badiou.

Et bien sûr, mon avant-dernière grosse surprise a été le décollage, dans les sondages, du chiffre des intentions de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon, signant une possibilité raisonnable d’accéder au second tour.

lopinion.fr

 

Ce soir, le tirage!

 

Guy

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* Il y avait une dynamique incroyable de la montée du ‘non’ au référendum sur le TCE. Chaque jour qui passait voyait ce vote monter, contre la quasi totalité des élites et des médias, et rien n’indiquait un essoufflement.

 

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