CoronaViral, 7 – UE : soutenir les pays par de l’endettement ?

Matt Kenyon, The Guardian

(Ici la liste de mes billets de la série CoronaViral)

Bonjour!

Il n’avait pas échappé à Condroz belge, ni à de nombreux autres, que les mesures de soutien aux pays dans la tourmente du SRAS-2, consistent en grande partie en des autorisations accordées aux gouvernements de s’endetter au-delà de la règle sacro-sainte et très germanique, d’un maximum de 3 % des budgets nationaux, imposée par les traités austéritaires dont la Commission européenne est le gendarme sourcilleux. L’Italie a donc pu donc l’urgence contracter une dette de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour faire face aux événements.
Ces endettements sont évidemment très inquiétants pour l’avenir.

Une autre règle de l’Union européenne est que les États se financent exclusivement auprès des grandes banques privées et non plus comme avant, et comme cela se fait toujours en-dehors de l’Union, auprès de leur banque centrale. Une raison en serait que l’on ne peut pas faire confiance aux États, qui auraient parfois « exagéré » dans le recours à cette « facilité » en réalité universelle, le Japon par exemple gérant son soutien à la croissance nationale depuis plus de vingt ans par un endettement massif envers sa propre banque centrale. Dans l’Union européenne, les banques privées se voient ainsi garantir d’énormes marchés, et les taux qu’elles pratiquent s’envolent avec les difficultés d’un pays emprunteur, au motif d’une prime pour le risque accru qu’entraîneraient ces difficultés. La vie est belle, en tout cas dans les rêves des secteurs protégés par la construction européenne.

Les mesures de soutien actuelles de l’Union européenne par l’endettement favorisent un système bancaire (privé) aventureux, praticien enthousiaste et invétéré de « l’exubérance irrationnelle » parfois dénoncée après une crise, système aujourd’hui toujours fragile, comme le montre le grand exemple de la Deutsche Bank, dans un contexte où de nombreux commentateurs de tous bords, entre diverses gauches et acteurs financiers, cités à plusieurs reprises sur ce site, annonçaient bien avant la pandémie un krach boursier inévitable à court terme. Les banques européennes sauvées par les États après 2008 ont repris leur business as usual sans aucune mesure consistante d’assainissement, par exemple l’interdiction pour les banques de dépôts de jouer ces sommes en bourse, ce qui serait bien un minimum. En toile de fond, nous avons la bulle de la finance globalisée, « cotée » à plus de cinq fois le PIB mondial.

Or voici qu’aujourd’hui Daniel Mermet publie sur son site Là-bas si j’y suis un entretien radio avec Eric Toussaint, porte-parole et fondateur du CADTM, Comité pour l’annulation des dettes illégitimes, qui vient de fêter ses trente ans d’existence et se trouve aujourd’hui présent dans plus de vingt pays. Eric, qui est le plus célèbre des Liégeois qui ne seront jamais faits citoyens d’honneur de leur ville, docteur en science politique, a développé une méthodologie rigoureuse d’audit citoyen de la dette, entre dettes illégitimes, odieuses, et illégales. Cet audit, qui exige plusieurs mois de travail pour toute une équipe, a été mené en Équateur, et en Grèce à la demande de la présidente du parlement sous Tsipras première manière. Eric Toussaint est désormais un expert de niveau mondial appelé par les gouvernements en butte à la Banque mondiale ou au FMI.

Vous pouvez consulter l’article et le court début de cet entretien sur la page dédiée. Condroz belge, qui est abonné, vous propose provisoirement l’enregistrement mp3, sachant que parfois un article ou une émission est mise en accès libre après quelques jours.

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