Le dieu des chrétiens est un grand pécheur

 

Bonjour!

Je suis né chrétien.
C’est-dire que je suis né de parents catholiques, et que sans me demander mon avis, on m’a déclaré chrétien, et on m’a baptisé, à vie dit-on, chrétien.
Cependant à l’âge de quinze ans j’ai décidé que je ne croyais à rien de cette religion reçue par le hasard de la naissance. J’ai trouvé que trop de contradictions indépassables pavent le discours chrétien, que ce discours tient du délire, de la manipulation et du mensonge. Cette religion m’empêchait tout simplement d’essayer d’être heureux : prise à la lettre, elle m’obligeait d’accepter l’inacceptable, sous la menace sur-atomique d’une damnation pour l’éternité. Et l’éternité, ce n’est pas rien!

Je suis devenu athée, et pas agnostique. Les agnostiques sont pour moi des athées qui ne vont pas au bout de leur conviction, se gardant éventuellement une excuse au cas où après leur mort, il leur en serait fait crédit. Comme Blaise Pascal et son pari : « Dieu n’existe peut-être pas, mais au cas où il existerait, mieux vaut croire en lui ». Pascal était un authentique génie des mathématiques et de la littérature, mais son pari posé, quelle divinité a-t-il adoptée : celle de papa et maman. Pas celle des inuits, celle des pygmées, des musulmans ou des juifs, aucune des milliers de divinités qui existent sur terre, non, Blaise Pascal a embrassé la divinité reçue en héritage par le hasard de sa naissance. Je sais que les théologiens du monde m’opposeraient d’innombrables acrobaties mentales, parfois de très haut niveau, mais ça ne change rien à mon opinion : les génies se trompent aussi. C’est d’ailleurs une bonne nouvelle, car ainsi je suis moins petit.

Venons-en aux péchés de la religion chrétienne. On m’a enseigné qu’existaient des péchés véniels et des péchés mortels. Si un humain meurt en état de péché véniel, après le jugement dernier il fait un stage au purgatoire, puis il a droit au paradis pour l’éternité, encore elle. S’il meurt en état de péché mortel, aïe, le jugement dernier l’envoie sans appel en enfer, toujours pour l’éternité. Le pécheur peut cependant être lavé de ses péchés avant sa mort, soit par la confession chez les catholiques (la meilleure combine), soit par un repentir sincère dans la prière face à son « créateur » dans les variantes protestantes. C’est d’ailleurs une des invraisemblances profondes du discours chrétien : si un pécheur meurt sans avoir eu l’occasion de se confesser ou de se repentir, par exemple dans un accident de la circulation sur le chemin de la confession ou du repentir, désolé, son sort est réglé. Pour l’éternité encore et toujours.
Dans sa longue tradition d’énoncés comminatoires (menaçants), la tradition chrétienne a en outre dressé une liste de sept péchés capitaux. Le meurtre et autres crimes n’y appartiennent pas, ça, c’est l’affaire ancienne et bien connue des dix commandements. Non, il s’agit ici de fautes communes mais néanmoins considérées comme très graves, et il importe que les croyants en soient bien conscients. Notons que le mensonge n’est pas un péché capital, et c’est un point très intéressant, mais en-dehors de notre présent sujet. Par rapport aux sept péchés capitaux, une question se pose : et le dieu dans tout ça ?

Premier péché capital : ce dieu est-il paresseux, feignant, chômeur ?
Deuxièmement : ce dieu est-il luxurieux, libidineux, obsédé par le sexe ?
Ensuite : ce dieu est-il orgueilleux ? (On le serait à moins.)
Ce dieu est-il radin, Harpagon, avare ?
Est-il gourmand, bouffi, gros plein de soupe ?
Le dieu des chrétiens est-il envieux, trouve-t-il que d’autres sont injustement mieux lotis ou plus heureux que lui ?
À toutes ces questions que les chrétiens ne se posent pas, ils répondent ou répondraient sans hésiter une seconde : non.

…Or il reste un septième péché capital (oui, vous avez bien compté), et ici, selon les croyants eux-mêmes, leur dieu en est un grand praticien, une diva, un virtuose, un volcan, un tsunami. C’est la colère. Un dieu ne fait pas les choses à moitié, c’est connu. La colère de ce dieu-là est célèbre et formidable. En de nombreux passages de la bible, elle répand ses morts, son feu et ses tremblements de terre. Pendant des siècles et aujourd’hui encore, les chrétiens craignent la colère de leur dieu, et très nombreux sont ceux qui imputent les calamités qu’ils ont à vivre à la colère de leur dieu. Ce type, car il paraît qu’il est du genre masculin, est une soupe au lait terrifiante, un pécheur de première, un pécheur capital : le dieu des chrétiens est un grand pécheur.

*    *    *

Voilà, chers amis, la conclusion d’une réflexion de ce jour. Ne croyez pas qu’elle donne un blanc-seing aux autres divinités, celles des musulmans, des juifs, des bouddhistes (dont on dit qu’ils ne croient pas vraiment à un dieu, mais ça c’est pour la théorie plus que pour la pratique, et on sait incidemment qu’eux aussi sont capables de guerres et de génocides), ou un blanc-seing à toute autre religion. Pour moi, toutes les religions sans exception délirent et maltraitent « la pauvre créature accablée », comme disait Karl Marx, ce salaud dangereux et dangereusement célèbre.
Mais moi, né chrétien, je ne m’attarderai pas sur les faille internes des autres religions. Je peux, ou je dois, parler de la religion de ma naissance. Que les nés autrement fassent leur boulot à eux, et regardent dans le linge sale de leur propre héritage. Je crois par exemple que les gens de Charlie-Hebdo se trompent en accablant la religion musulmane, qui n’est pas celle de leur lignée, mais celle de Français discriminés se trouvant en moyenne au bas de l’échelle sociale, avec toutes les armes que donnent à leurs moqueries trop faciles deux cents ans d’un anticléricalisme français bien justifié.
Je suis athée, et je ne suis pas Charlie.

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1 réponse à Le dieu des chrétiens est un grand pécheur

  1. Wergosum dit :

    J’aime!

    1. Moi, ce qui me répugnait, c’était « le montage », la construction mentale de plus en plus compliquée et contradictoire. Ah, donnez-moi un Dieu simple, clair, convivial, et qui s’accommode gracieusement de son inexistence!

    2. L’athéisme est intolérant. C’est mon cas. Je suis un athée militant. Je n’écoute pas avec sympathie les croyants. Je leur dis: ne m’emmerdez pas avec vos salades.

    3. Historiquement, si les religions monothéistes semblent « compliquées », il faut quand même reconnaître que c’est de la très petite bière comparé à certains textes gnostiques, comme ceux de Nag Hammadi. A moins qu’il ne faille lire ces textes comme une espèce de musique, et cette pensée me perturbe un peu quand je la prolonge.

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