Pour les fêtes, mangez du magret de cormoran

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Photo ac-grenoble.fr

Grand Cormoran. Famille des Phalacrocoracidés. Ordre : Suliformes

Grand Cormoran

Bonjour!

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Cormourant

Nous avons tous vu des photos de cormoran debout sur le sol, les deux ailes grand déployées.
Cette vue est le plus sûr moyen qu’ont les distraits de le reconnaître.

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Dessin d’Éric Sintès

On l’a vu aussi englué de pétrole lors des marées noires, ce qui n’a pas manqué de lui constituer un solide capital de sympathie auprès des enfants de 7 à 77 ans.

 

Le cormoran prend cette posture pour sécher un plumage qui, à la différence de la plupart des autres oiseaux marins, n’est pas entièrement imperméable, lui conférant un avantage de poids et de densité pour la plongée, par réduction de la quantité d’air séquestrée dans ses plumes. S’il peut descendre jusqu’à quarante mètres sous l’eau, il se limite le plus souvent à dix mètres et chasse couramment, seul ou en groupe, à faible profondeur, puisqu’on le voit se nourrir dans les cours d’eau jusqu’à plus d’une centaine de kilomètres de la mer, et traverser les terres pour se servir dans les lacs et les étangs. Il s’agit ici du grand cormoran, volatile à la fois d’eau de mer et d’eau douce.
Se sécher ainsi au grand vent, comme sèchent les salines de Guérande, lui coûte certes une fameuse cormoran-poisson2quantité de calories. Mais les bêtes sont bien faites. Son adaptation à ce rafraîchissement utile est devenue partie intégrante de son équilibre thermique, dans un yoga de l’évaporation qui l’aide aussi à digérer. Machine énergétique à haut niveau métabolique, cet oiseau remarquable est donc un grand ingurgiteur.
Et il ingurgite quel carburant?
Du poisson, exclusivement. En grandes quantités.

C’est ici que les hommes et les femmes s’empoignèrent.
Les défenseurs des oiseaux ont sans trop de difficultés obtenu un bon niveau de protection du grand cormoran, avec son classement comme espèce ‘indigène’ dans des territoires que les défenseurs des poissons considèrent comme excessivement étendus.
En effet, l’Europe du Nord jusqu’il y a quelques dizaines d’années se livrait à une large consommation d’oeufs de cormoran, notamment à certaine fête annuelle. Après les attaques de Total, celles de Danone et de l’uniformisation du monde: l’abandon progressif de cette pratique a rompu un équilibre, et le grand cormoran a conquis de vastes territoires européens où sa présence s’ajoute à toutes sortes d’autres facteurs de raréfaction, voire de disparition, du poisson d’eau douce. On peut lire dans le document de JP D ci-dessous, que c’est depuis à peu près vingt-cinq ans que le nombre des cormorans en régions Bruxelles et wallonne se développe. 3.000 cormorans à 400 grammes de poisson par jour, cela fait 438 tonnes de poisson de nos lacs et rivières qui disparaissent annuellement dans cette petite contrée, contre à peu près zéro en 1990.
Au point qu’en France, la loi organise l’abattage de 32.000 grands cormorans par an et que l’oiseau est reconnu invasif en Sologne. On n’en sort pas!

Or il y a une solution.
Aux dires unanimes de ceux qui l’ont dégusté, le magret de cormoran est excellent.
…À table!

 

* * *

P.S.: je joins ici en PDF une notice plus raisonnée et bien documentée sur la question, par JP D, biologiste émérite à l’Ulg et pêcheur méritant devant l’éternel: « La protection des cormorans dépeuple-t-elle nos lacs et nos rivières? »

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Une réponse à Pour les fêtes, mangez du magret de cormoran

  1. Wergosum dit :

    Le cormoran (Phalacrocorax carbo, « corbeau chauve charbon ») est certes laid, et il mange le poisson des pêcheurs, mais faut-il pour autant en venir à la phalacrophobie?

    Voici, pour amorcer la méditation, un petit rappel sur la lupophobie.

    Wolf hysteria (also known as wolf persecution, or rarely, lupophobia) is the widespread public hatred of wolves, incorporating both their enduring role as folk devils […], and societal attitudes favouring policies of active persecution of wolves, and opposition and resistance to policies aiming to protect existing wild populations, or reintroduce the species into former ranges where it has become extinct relatively recently. The phenomenon shares much in common with moral panics, including the use of scaremongering, unverifiable anecdotes, demonisation, exaggeration, moral highroading etc., to the extent the phenomenon could be considered a moral panic in and of itself, though it is not commonly referred to as such. Source: http://rationalwiki.org/wiki/Wolf_hysteria

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