Bonne bonne année année 2019 2019 !

Fresque murale du graffeur Blu, Berlin-Kreuzberg, 2008

 

En ville.

– Ah, bonjour toi!
– Oui, bonjour!
– Tout va bien?
– Pas mal, pas mal, on se plaint pas, on se plaint pas.
– Tu parles pour deux? …Pour ta compagne aussi?
– Non. Je répète ce que j’aime dire ou proférer.
– Ha ha. …Proférer est un terme biblique, divin, blasphématoire.
– Logique parfaite.

– À propos, bonne année, hein!
– À propos de quoi? Le blasphème?
– Non non… À propos de rien du tout.
– Justement, j’y pensais aussi! Bonne année!
– Quelle coïncidence!
– Tu imagines que nous y penserions tous les deux un matin de mars? Ou un midi de septembre?
– Oui, ça serait drôle!
– Parce que nous serions alors iraniens post-zoroastriens, ou éthiopiens coptes!
– Alors que nous sommes belges catholiques de souche, provisoirement de feuillage, et présentement athées.
– Feuillage provisoire? J’ai entendu ça. Ta fille attend un enfant d’un black de black?
– Oui, il est génial. Le père, hein! Le bébé ou la bébé, on verra. Et donc le feuillage va un peu diverger de la souche.
– Y a intérêt, vu le chaos climatique.
– Tu veux dire que ce seront les métissés mélangés qui auront le plus d’avenir.
– Oui. Ce sont les mélangés et les erreurs de réplication de l’ADN qui sauvent les espèces d’un mauvais pas.
– Ha ha. Mais ce ne sont pas les individus qui gagnent l’évolution, hein.
– Je crois savoir ce que tu veux dire: ce sont les groupes que l’évolution sélectionne.
– Tout à fait! J’ai aussi compris ça récemment. En 2018 en fait!
– Moi, grâce à Pablo Servigne.

– …Je ne sais plus qui me disait que le premier de l’an, on le met n’importe où!
– Tout à fait. Tu te le mets n’importe où, le premier de l’an, sur la Terre! …Tu te le mets dans l’oreille ou tu te le mets sous les doigts ou tu te le mets dans le cul.
– Arrh! Tu as un crédit de grossièretés pour 2018, et non épuisé?
– Yesse.
– On parle du premier de l’an des tribus humaines, d’accord? Si tu fêtes le rallongement des jours de lumière, tu ne peux pas mettre ce jour-là n’importe où dans l’année.
– En effet.
– Mais tu peux fêter autre chose.
– Si tu as autre chose.
– Un solstice par exemple.
– Bon, ça m’embête cette histoire. Il y a des années lunaires paraît-il.
– Ça doit être dû au fait que dans certains endroits il n’y a pas de saisons?
– Possible. Des saisons moins marquées.
– Et il y a ceux qui vivent plus la nuit que d’autres.
– Les marins et les chameliers.
– Ha ha. Alors ils se bricolent un calendrier lunaire.
– On demandera à un connaisseur, sinon on va dire des choses sans fondement.
– Fondement. Encore le cul.
– Ah… Les gens du désert connaissent mieux les ciels nocturnes que les cultivateurs éreintés des plaines fertiles. Les nomades comme les marins connaissent les étoiles!
– Ça oui!
– Les esclaves des empires agricoles dorment la nuit.
– Les cons! …Euh, les pauvres! Arriération de la sédentarité!
– Oui, Blanchot a dit ça!
– …
– Le calendrier est une arme de guerre massive.
– Pour les endettés?
– Les horloges asservissent.

– Mais la planète a ses lois.
– Que les lois du changement horaire ignorent.
– Il paraît que l’heure d’été est morte.
– Il était temps!

Musée d’Orsay, Paris – Photo G. L.

– Ça vient lentement. Encore un an ou deux, et on la vire, l’heure d’été.
– Le soleil a gagné.
– Tiens, tu connais cette histoire rapportée par Walter Benjamin, à propos de la révolution française de 1830?
– Pas encore.
– En différents endroits de Paris, sans se concerter, des gens en rue ont tiré sur les horloges.
– Non? …Quelle merveille!
– Oui!
– Insigne poésie!
– Prémonitions!
– Yesse!
– Le fordisme!
– Le burn-out!

– Ja ja ja!

– Le temps des horloges, j’ai commencé à le comprendre grâce à Jacques Prévert.
– Grand physicien!
– En effet! C’est quand j’ai entendu: « la seconde d’éternité / où tu m’as embrassé ».
– …
– Là, j’ai su que l’éternité n’est pas une mesure, mais un sentiment.
– Ah! …Et que le calendrier, c’est pas les horloges!
– Que les horloges, c’est pas le temps!
– Qu’elles sont la MESURE du temps!
– Ça règle tout!
– Et l’animal humain n’est pas fait pour tourner au rythme des horloges.

(Idem)

– Euh… Au rythme du soleil?
– De la lune?
– Ha ha ha!  (bis)

– …Super!
– Ça valait la peine de penser ensemble à la nouvelle année.
– Oh yesse!
– Mais les horloges tournent.
– En effet.
– Le calendrier avance.
– Oui.
– Il faut que j’y aille.
– Et moi donc.

 

*     *     *     *

 

NOTES

Walter Benjamin
, philosophe et historien allemand, raconte ceci à propos de la révolution de 1830, dans son dernier ouvrage, Sur le concept d’histoire, écrit en 1940 : « on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur des horloges. »

Pablo Servigne monte en régime. On le voit partout, et il sort un livre par an. Cherchez sur Internet ses interventions ou publications récentes. Pas avec Google, mais avec un moteur de recherche qui ne vous piste pas, comme Duckduckgo ou Qwant. Faites-vous une soirée télé avec ceci, qui a scotché François Ruffin et Condroz belge: « Pablo Servigne & François Ruffin : une dernière bière avant la fin du monde » . (31 octobre 2018, 1h 09 minutes.)

Blu quant à lui est un graffeur italien devenu célèbre, nous dit Wikipedia, avec sa vidéo Muto (7:26, 2008). Son site: http://blublu.org/

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3 réponses à Bonne bonne année année 2019 2019 !

  1. Zoé A. dit :

    Merci pour ce billet, et pour la découverte de Blu!

  2. Pierre dit :

    Bonsoir Guy

    Et une heureuse année à vous.

    J’ai terminé l’année comme on crashe en bout de piste et puis j’ai trouvé ça, après avoir visionné tout Emmanuel Todd sur internet (comme ça je ne dois pas acheter ses bouquins je le trouve assez riche comme ça), mais bon, je verrai …
    « Ça » donc, ça change
    https://www.youtube.com/watch?v=uBaAvHxdShw

    • G L dit :

      Merci, Pierre.
      Juan Branco est très intéressant, et je le trouve plus clair et simple à l’oral qu’à l’écrit.
      Quant à la chaîne Thinkerview, elle est de plus en plus souvent sur mon chemin.

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