Wallonie-CETA, 1-0 – Victoire du nationalisme flamand

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Au parlement flamand, le lion est au sol.   (Photo lavenir.net)


 

La Flandre avait le pouvoir. Elle l’a encore. (Aujourd’hui avec la collaboration des libéraux francophones.)
La Flandre avait le nombre. Elle l’a toujours.
La Flandre avait la richesse. Ça n’a pas changé.

Et cependant, elle voulait plus.
Elle pensait que « plus », ce serait l’indépendance.
Elle deviendrait alors encore plus riche, purifiée des influences allochtones, et elle pensait que tel est le but ultime du progrès humain.

Quand nous disons « la Flandre », c’est bien sûr une simplification. Nous parlons de l’énigmatique destin de cette province qui avait aussi, comme partout, ses gens honnêtes et ses dissidents.

Une histoire de celle ou celui qui a tout, et en veut plus…
Ça ne vous rappelle rien?
Le pouvoir dans ce monde est dévolu à des gens qui ne cessent d’en vouloir plus, surtout s’ils ont déjà tout.
C’est une impasse logique et une bêtise que l’on pourrait croire impossible au sein de notre espèce au gros cerveau, et pourtant, c’est la lourde réalité des temps présents.

Chaque jour s’exerce le droit des actionnaires-propriétaires, à supprimer d’un coup de plume les moyens de vivre de milliers de familles. (Ce droit est dit ‘sacré’ dans l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.)
Pour quelle raison? Pour plus de rendement financier à ceux-là qui ne peuvent seulement compter seuls les biens qu’ils possèdent.

1.
La Flandre des pouvoirs a donc forcé une régionalisation de la Belgique, où la constitution réformée impose l’accord des pouvoirs fédérés pour que certains engagements internationaux du pays entier puissent être pris. Un droit de veto régional pour certaines matières.
Cette disposition s’exerce aujourd’hui par surprise, et dans un sens inimaginé par ses créateurs.

2.
L’absence de signature de l’État belge au projet de traité avec le Canada entraîne l’échec au moins provisoire du CETA.
Car la même logique du ‘toujours plus’ a institué une règle européenne de l’unanimité, dont les pouvoirs de nuisance, de chantage et de mise générale au niveau du moins disant social, environnemental ou autre, ont fait leurs preuves.

*

…Ces deux conditions n’ont cependant pas suffi à créer l’exception wallonne dont se réjouissent tant de démocrates et de modestes, et qui n’a encore rien montré de ses conséquences.

3.
Il a aussi fallu que, pour la première fois dans la jeune histoire de la Belgique fédéralisée, les majorités au pouvoir aux niveaux fédéral et régionaux ne soient pas les mêmes. En particulier en région wallonne où le parti socialiste, lourdement prééminent depuis un siècle, s’est trouvé allié au parti chrétien tandis que les libéraux offraient seuls la représentation francophone au fédéral, où pour la même première fois participait le parti nationaliste qui domine l’électorat flamand, la NVA ou « Alliance nouvelle-flamande », nationaliste et néo-libérale bon teint.

Le veto wallon contre le CETA n’aurait pas eu lieu si le PS était resté au gouvernement fédéral.

En effet, le parti socialiste, qui a participé à la mise au pouvoir de la finance dans les années 1980, comme l’ont fait sur le continent européen la plupart de ses partis frères, tandis que s’en chargeaient dans leurs pays respectifs Margaret Thatcher et Ronald Reagan, a donné depuis des décennies de très sérieux gages au capitalisme triomphant. Libéralisation, privatisations, chasse aux chômeurs, austérité, facilités fiscales très orientées… Son sens des responsabilités et son réalisme ont bien servi le camp du ‘toujours plus’.

Quelle mouche a donc piqué le PS pour qu’il ruine le CETA?
À l’ensemble des faits repris ci-dessus, qui ouvrent la fenêtre d’opportunité d’une action autonome, et qu’alimentent le dépit de la perte d’une participation au pouvoir fédéral et la guerre ouverte et circonstancielle contre les anciens alliés libéraux, il faut ajouter deux derniers éléments.

4.
D’une part la Wallonie est un des rares coins d’Europe où le mécontentement ne trouve pas d’expression à l’extrême-droite, laquelle n’a su ni se structurer ni se choisir de dirigeants de qualité, et où un petit parti de gauche a su convaincre par un long travail  dans les quartiers et les usines.
Le PTB, parti du travail de Belgique, compte désormais deux députés fédéraux et un député régional wallon, et se retrouve en deuxième position dans des bastions historiques du PS comme Herstal et Seraing dans la « banlieue rouge » de Liège.

À la différence d’un pays comme la France, où la plupart des partis traditionnels dérivent vers la droite pour contenir les pertes électorales en faveur du Front national – un schéma auquel n’échappe pas la Flandre belge, en Wallonie le PS et même sans doute, dans une certaine mesure, le CDH chrétien, doivent se protéger du pouvoir d’attraction du PTB.

5.
Le dernier élément de cette conjonction inattendue est tout simplement le fond du dossier.
Le CETA avec le Canada, comme le TTIP avec les États-Unis, dont il pourrait être le suppléant, a de quoi révulser tout démocrate:
L’abaissement général des normes.
Des droits donnés au continent nord-américain, sans équivalent accordé à la partie européenne.
Et surtout, le pouvoir donné aux sociétés multinationales contre les États, par une généralisation de cours d’arbitrage, où les juges ont partie liée avec le grand capital, en place des tribunaux actuels – ce qui permet aux toutes grandes entreprises (pas aux PME!) de se faire payer les pertes supposées de bénéfices futurs, causées par une progression des normes légales!
Vous augmentez le salaire minimal? Cela nous coûtera autant de millions dans le futur. Vous nous les devez!

…Le Canada lui-même encourt en ce moment le risque de se voir infliger le paiement de 15 milliards de dollars devant les cours d’arbitrage instituées par le traité ALENA, préfiguration du CETA, qui le lie au Mexique et aux États-Unis.

*

Le parlement wallon s’est donc retrouvé comme d’autres, mais dans la configuration singulière et fortuite qui est la sienne,  à débattre du projet CETA.
Et, nous dit un député, « Plus nous débattons, plus nous nous posons de questions.« 

Cela devait un jour ou l’autre se produire quelque part, et cela se reproduira.
Aujourd’hui, c’est chez moi, où je suis né par hasard ou par mystère.
C’est une joie, et pas uniquement pour les Wallons.
C’est une chance, qui ne devrait alimenter aucun patriotisme de région ou de sous-région.

Toute notre vigilance reste requise et tout notre soutien est acquis.


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3 réponses à Wallonie-CETA, 1-0 – Victoire du nationalisme flamand

  1. Pierrot-le-Pétuneur dit :

    Deux questions très simples.

    1) En quoi le « libre échange » sans régularisation démocratique se différencierait-il de la loi du plus fort, de la loi de la jungle ?

    2) L’abolition des « droits de douane » réduit d’autant les ressources (déjà déliquescentes) des États.
    Ceux qui en bénéficieraient, ou bénéficieront, assureront-ils à due concurrence la charge des dépenses qui n’offrent pas de rentabilité financière à court terme ?

  2. Francis CAUDRON dit :

    Je ne lis pas tout. Parce que dans les grandes lignes, je comprends la réaction et la position des dirigeants wallons. Ils suivent en ça les inquiétudes des populations qui par ailleurs alimentent l’extrême gauche et l’extrême droite. C’est cette PEUR des changements qui a amené notamment le BREXIT et une opposition massive de la gauche et de la droite au traité de Maastricht en France en 1992.

    Je pense que nous n’avons pas encore choisi quelle société nous voulons pour la planète :
    – Croissance (de la population, de notre richesse et du bien-être qui en résultent pour nous, la classe moyenne) notamment par les échange commerciaux de produits industriels. Ou au contraire acceptation d’un autre type de vie, plus respectueuse de la planète, sans croissance ni consommation et gaspillage d’énergie et de biens matériels.

    – Maintien des vielles technologies (sidérurgie, charbon, pétrole, voitures automobiles …) chez nous, éventuellement au détriment des pays pauvres qui en ont besoin.
    Ou acceptation de « gagner » moins, d’avoir moins de « travail » inutile.

    – Maintien de notre supériorité et notre force nationale étatique et protectionniste. Ou ouverture aux autre produits des autres peuples.

    – Maintien de notre participation aux guerres impérialistes (pour garder nos sources d’approvisionnement en pétrole et en matières premières qui font notre confort et notre facilité de vie, l’automobile individuelle notamment). Ou refus de cette contribution active et indirecte (par la fourniture d’armes FN et autres) à ces guerres fratricides, destructrices et polluantes.

  3. Brauers anna dit :

    👍👍👍👍les mots me manquent !

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