Chers amis français qui voterez dimanche

 

Ô Bonjour!

 

Il y a aujourd’hui huit millions de pauvres en France.
Il y a cent mille foyers à qui l’on a coupé l’eau.
À cinq cent mille ménages, on a coupé l’électricité.
Des millions de chômeurs, des millions de précaires.
Et deux millions d’enfants pauvres au pays de la déclaration des droits de l’homme, plus riche aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été.

 

On se demande quel est le sens de cette sinistre absurdité où nous sommes rendus.

Et pas qu’en France!
Le nombre des enfants pauvres en Allemagne par exemple, est lui aussi effarant, mais disons que c’est un autre sujet, ou un ‘demi-autre’ sujet.

Pour ceux qui ont un travail, au pays d’Émile Zola, la subordination à l’employeur qu’implique le statut de salarié a été sévèrement renforcée par la loi El Khomri du gouvernement encore en place, qui l’a imposée à coups d’ordonnances dites 49.3, du numéro de l’article de loi qui les autorise, ce qui signifie sans délibération du Parlement. Les deux figures politiques majeures de ce dernier quinquennat ont été massivement désavouées, le président sortant par l’opinion, au point qu’il ne se représente pas, et le premier ministre lors de la primaire de son propre parti, où chacun le donnait favori.

L’état des services de santé et des hôpitaux, ainsi que celui de la couverture médicale du territoire français, sans parler même de la Guyane, sont catastrophiques et, chose pire, dans une régression qui, pour être déjà en place, n’a pas encore exercé tous ses effets, que contiennent encore l’inertie des systèmes et l’héroïsme des personnels, je pèse mes mots, à travers surcharges de travail, burn-outs et même suicides.

En vertu de la constitution actuelle, dite de la cinquième république et due à un éminent militaire, le président français peut actuellement décider de la guerre pendant quatre mois sans délibération du Parlement. Lisez, si besoin est, cette précision de Jacques D., correspondant aux Baronnies de Condroz belge:

La réponse est ici : http://www.defense.gouv.fr/portail-defense/ministere/organisation/organisation-des-pouvoirs-en-matiere-de-defense-et-de-securite.
Le président est chef des armées : il peut décider de la guerre et il a le doigt sur le bouton nucléaire…
Il informe le parlement s’il engage le pays dans une guerre et au bout de quatre mois le Parlement doit l’autoriser.
Ce sont des pouvoirs plus que monarchiques, proprement autocratiques ! Le premier ministre et celui de la défense sont responsables devant le parlement, donc le président n’engage pas directement sa responsabilité. C’est comme cela que nos aventures extérieures ont été décidées par les présidents : Sarko, Hollande (et Chirac de ne pas aller en Irak) : République Centrafricaine, Mali, Niger, Libye. Expéditions de week-end, nous disait-on…
Dans la conjoncture actuelle c’est assez effrayant.

38 + 22 = 60…

Par ailleurs s’agissant, non pas de l’Europe, mais de l’Union Européenne, lesquelles, cela ne vous a pas échappé, ne coïncident pas tout à fait malgré les paresses de langage («Europe!» est aussi court et sexy qu’«Union Européenne» est long et lourdaud), s’agissant de l’Union Européenne donc, plus de la moitié des délocalisations d’entreprises françaises se font vers des pays de l’Union.
Cette affirmation, assénée par l’un des candidats, est confirmée à la rubrique « Le vrai du faux » de FranceTvInfo: citant l’Insee, l’article donne, non pas 50%, mais 55, même si, comprenne qui pourra, l’illustration à côté du texte affiche 60%.

*

…Il y a encore la folie du nucléaire civil, un secteur tout à fait effrayant en France, championne mondiale de l’addiction à cette électricité-là. Il y a la dégradation mondiale de l’environnement avec ses corollaires climatiques et de santé publique. Il y a des problématiques migratoires qui n’en sont qu’à leurs débuts. Il y a les bruits de bottes, le renforcement du contrôle des citoyens, l’état d’urgence permanent avec l’arbitraire qu’il autorise. Il y a un terrorisme largement représenté par des citoyens français passés par les cases ‘école’ et ‘prison’ républicaines – étrange, n’est-il pas.
Les migrants évitent la France quand ils le peuvent, et la police française, chers amis, est d’une violence et d’une impunité qui stupéfient le monde civilisé.

*

Face à ces défis, une candidate ethno-nationaliste cultive l’aigreur et le désir de revanche de citoyens déboussolés et humiliés. Il faut reconnaître que la politique des partis dominants lui a largement laissé le monopole de certaines questions, et même, pour une part, la prise en compte de la souffrance sociale.

Un autre candidat personnifie l’indécence assumée et la malhonnêteté établie. Ses partisans le défendent en invoquant la banalité de ses pratiques et en assurant qu’honnête ou pas, leur candidat a le bon programme pour sauver ils ne savent et ne disent quelle France.

Il y en a peu, parmi ceux qui lisent ceci, qui votent pour ces deux-là. Pour le suivant en revanche, je redoute la distraction de certains d’entre vous.

Un troisième a été nommé le candidat du vide. Il a décidé de faire campagne contre les programmes, les orientations étant ce qui compteraient et non les promesses d’action: aussi a-t-il peu à dire et développe-t-il une novlangue dont l’objet est de parler sans rien dire. Quelles sont alors les orientations qu’il défend? Favoriser l’auto-entreprise et la calamiteuse ubérisation. Proposer la visée d’être millionnaire comme rêve et comme ambition à la jeunesse. Répandre des discours idéologiques enflammés et vagues sur la libération des énergies, de l’innovation, des initiatives. Comme si ça se commandait: « Sois innovant! »
Le candidat du vide représente la continuation de la politique du dernier quinquennat, et certains le voient même adoubé en coulisse par le président sortant, dont il a été l’attachant attaché, et un ministre. Sa politique sera la même, et en pire. Le candidat du vide a cependant fait l’annonce, comme le candidat précédent, qu’il gouvernerait par ordonnances: c’est leur démocratie à ces gens-là.
Dans l’état d’effondrement des deux grands partis traditionnels, de un, celui de la droite conservatrice et proche de l’extrême, chrétienne à ses heures – le dimanche à onze ou le jour de Noël à vingt-quatre -, et de deux, l’autre, s’effondrant bien plus fort et plus vite car une copie reste une copie, celui de la droite complexée/moderniste qui porte encore le nom de socialiste…, dans cet état d’effondrement des deux grands représentants d’un passé bientôt révolu, les ralliements de droite et de gauche d’élus et et de pantoufleurs de tout niveau, surtout d’en haut, sont légion en faveur du troisième homme. Tandis que ceux d’en bas, les électeurs de base, lui viennent par les opérations « Vu à la télévision » et « Vu dans les journaux », cette dernière option présentant l’avantage de l’image re-mastérisée:

(Acrimed)

Ce Macron-là ne fait que ressasser les thèmes éculés d’une doxa néo-libérale en péril, que les distraits continuent à prendre pour une vision achevée du monde ou de la condition humaine. Achevée, oui, bientôt achevée, sachant que pour l’Histoire, celle des sociétés ou des civilisations, le « bientôt » est d’une durée inconnue et surtout, tout aussi imminente sans avertissement que hors de proportion avec les temps de nos vies individuelles. Au regard de l’histoire, le compte de la doxa néo-libérale est réglé, il n’y a aucun doute.
En attendant, plus le contresens est gros, mieux il fonctionne, et le nouveau sens que les droites y compris socialistes ont donné au mot « réforme » depuis plus de trente-cinq ans, Thatcher 1979 et Reagan 1980, se devait d’être couronné par ceci: Macron l’énarque, inspecteur des finances, banquier et ministre, s’auto-proclame anti-système et titre son livre Révolution.
La bonne nouvelle, c’est que la surenchère n’est plus possible. Il ne lui restera qu’à promettre le paradis.

*

L’ex-quatrième candidat est celui d’un parti socialiste en capilotade. Sa mesure phare aux yeux des citoyens inattentifs est un projet de revenu universel mal préparé, totalement muet sur le risque évident, immédiat et massif, de la baisse des salaires les plus bas qu’il entraînerait sans autre accompagnement. Le revenu universel de ce candidat est en outre in-finançable pour les même raisons d’incohérence: si vous ne touchez pas à la répartition des revenus, comment financer un revenu réellement universel, c’est à dire pour tout citoyen sans condition,  même inférieur au seuil de pauvreté?
Or le candidat du PS, saboté par son propre parti, sombre dans tous les sondages, et ne surprendra pas lors de l’élection, sinon par sa capacité à sombrer davantage encore. Dit autrement, j’imagine mal les sondages, qui se trompent de plus en plus souvent, sous-estimer le candidat d’un parti abonné au pouvoir. Ils ne peuvent que surestimer le futur résultat du candidat Hamon.

*

Et enfin, il y a le quatrième candidat, celui qu’on n’attendait pas: Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon.
Dans l’offre réelle telle qu’elle se présente, et non dans nos utopies personnelles ou notre sommeil, il est le seul à présenter un programme vaste et soigneusement préparé de riposte à la souffrance sociale.
Il annulera la loi El Khomri du code du travail.
Il relèvera les minima sociaux.
Toute une batterie de mesures précises ont été mûries et discutées depuis un an par des centaines d’adhérents. Elles sont prêtes.
Inévitablement, cette ambition sur le plan social impose une riposte forte contre les traités européens, lesquels, en incarcérant les politiques des États dans des règles budgétaires, qui sont en fait les règles allemandes fantasmatiques des droites germaniques. Ces règles tuent la politique, laquelle ne serait plus qu’une gestion. Elles tuent aussi des gens en Grèce, et pas uniquement par le suicide: une habitante de mon quartier même, est morte en vacances à l’hôpital là-bas, avant que n’arrive le médicament qu’il lui fallait. Et les règles ordolibérales (Ordnung, Ordnung!) ont commencé de tuer en Italie (c’est dans la presse), et peut-être aussi en Espagne (ça n’y est pas.)
La Banque Centrale Européenne ne manque pas non plus de représenter un objet de réforme indispensable, et les banquiers centraux du monde entier ne sont pas les derniers à estimer ce sujet digne d’une réflexion. Le traitement des conséquences de la crise financière de 2008 par l’Union Européenne ont été les pires qui soient, et les élites gouvernementales, de Washington à Pékin et Tokyo, ont mis quelques années à s’en remettre.

Cela étant, j’aimerais ici tordre le cou à deux canards et à une grosse bêtise.

1. Mélenchon veut quitter l’euro et quitter l’Union Européenne

C’est inexact.
Jacques Généreux, prof à Science Po Paris, un de ses principaux conseillers économiques, l’explique très clairement dans la vidéo ci-dessous. Mélenchon et ses amis veulent renégocier les traités européens (une idée folle que François Hollande a fait semblant d’adopter avant d’être élu, à moins que ce ne fût pour être élu), et ils annoncent, Mélenchon et ses amis, que si les partenaires européens refusent de discuter sérieusement, la France désobéira aux traités. La crise sera béante et le poids économique de la France étant ce qu’il est dans l’UE, ça secouera les cocotiers, et fera relever quelques têtes en Europe! Mais si au bout du compte rien n’avance, la France organisera un référendum sur une sortie de l’Union.
Cela tient en 2 minutes et 4 secondes de grand calme (Jacques Généreux), sauf la journaliste (Léa Salamé):

(Copie téléchargeable ici.)

2. Mélenchon idolâtre Vladimir Poutine

Ça serait formidable pour ses adversaires si c’était vrai!
En réalité Mélenchon envisage de s’entendre avec Poutine comme Charles de Gaulle s’est entendu avec Staline et avec Mao, en particulier « s’il s’agit d’empêcher la guerre sur le continent ».
C’est 57 secondes, et ça claque :

 

3. Mélenchon a mauvais caractère

Ceci est incroyable mais vrai: le supposé mauvais caractère de Mélenchon a été évoqué abondamment par ses adversaires, y compris de gauche ou « de gauche » .
La réponse est simple: critiquer le projet de la France Insoumise par des considérations sur le caractère de son représentant est aussi peu politique que critiquer le Front National par un examen des postures communicationnelles de la cheffesse Marine Le Pen, certes intéressantes, ou d’expliquer la persistance du chômage par la psychologie attribuée aux chômeurs.
Mélenchon n’est pas inconscient d’avoir pu choquer par son style ou ses invectives. J’aime bien sa réponse d’un jour:
J’aurais mauvais caractère? Mais je vous parle d’un programme politique!  …Je ne vous demande pas de m’épouser!

*

Bien!
Mon courrier est long déjà.
L’élection de dimanche sera historique si Jean-Luc Mélenchon emporte la première ou la deuxième place à ce premier tour, ce qui ne peut être exclu. Ensuite, les luttes de tous ceux qui auraient des dissidences avec lui me paraissent ne pouvoir qu’être plus aisées avec lui à la tête du pays, qu’avec les présidents Le Pen ou Macron.

L’Obs s’accommoderait bien d’un Macron président-monarchique, Rothschild aussi sans doute, Macron lui-même très probablement, et Marine Le Pen l’a dit clairement: la 5ème République lui convient parfaitement.

Les électeurs de Benoît Hamon sont désormais en position de prendre la responsabilité d’empêcher une victoire de gauche au premier tour. Je sais que certains se posent sérieusement la question (Patrice Maniglier par exemple, philosophe d’université, très argumenté, publié par un Libération qui le sabote incroyablement dans la légende en tête d’article – PDF ici) , de même que des partisans de Poutou, qui a livré de formidables prestations à la télévision. Je-les-com-prends! (Que la politique ne parle pas comme moi ne m’interdit pas de parler comme elle.)

*

Pour conclure, je vous cite un voisin, chanteur-compositeur et homme de théâtre au-dessus de tout soupçon, (le Belge) Claude Semal, qui a déposé ceci sur le blog d’Henri Goldman:

Le vote pour Jean-Luc Mélenchon est le seul, en cette circonstance, qui ouvre les portes du possible et s’appuie sur une véritable mobilisation populaire.
Les autres sont, soit des candidatures de témoignage, sans aucun poids sur le réel, soit, comme la candidature de Macron, un plébiscite pour le système tel qu’il va.
Si vous votez Mélenchon et s’il passe, vos voix et vos critiques continueront à se faire utilement entendre.
Si vous faites n’importe quoi d’autre, allez plutôt à la plage.
Si l’on ne perçoit pas, aujourd’hui, à cette heure, cette opportunité, ce n’est même plus la peine de parler de politique, et encore moins d’en faire.

Que veut le peuple ? !

Réunion publique du mouvement  France Insoumise, Lille, 12 avril 2017 – Photo G.L.

 

…Bon dimanche!

 

Guy

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7 réponses à Chers amis français qui voterez dimanche

  1. Wergosum dit :

    Moi, je suis trop déprimé pour faire un commentaire!

  2. Hellin dit :

    Moi je voterai Cheminade. Un mec qui promet la Lune en espérant Mars, je suis pour. Depuis tout petit déjà, j’adore décoller de la Planète. La République Cosmique, c’est quand même autre chose que la 6ème promise par Mélenchon. Voilà qui a de la perspective, de la hauteur, de l’espace, quelque chose qui tranche dans notre Vide Sublunaire. …L’Assemblée nationale dans les infinis glacés, enfin …de la force, de la puissance, de l’imagination… Aux Astéroïdes, Citoyens! Aux Comètes, Citoyens! Aux Martiennes, Citoyens! Sidéral!!! Une Présidence intergalactique!!! Bételgeuse sera Terrienne ou ne sera pas!!! Libération d’Alpha du Centaure!!! Voter Cheminade, c’est voter l’Infini en Acte!!! Misère de misère, mais qu’attendez-vous ?

  3. Julie Cotsaftis dit :

    Cher Guy,

    As -tu parlé ailleurs du revenu universel, et de ses complications, et de son potentiel?

    Cela m’intéresse.

    une lectrice fidèle, mais oublieuse

    Julie

  4. MF dit :

    Juste constat. Mais vous souvenez-vous, depuis 1968, d’une seule grande grève générale qui eût pu balayer toute cette vieille classe politique dont vous énumérez les forfaits et cette constitution à leur mesure?
    Je crains que dimanche, la leçon ne soit dure une fois de plus. Si c’est le cas, nous nous mordrons les doigts. Mais les suiveurs, les apeurés, les cathos se frotteront les mains et rien ne changera.
    Pardonnez mon pessimisme. Je voterai Mélenchon dimanche mais en même temps…

    • G. L. dit :

      Je dois vous dire que ma peur et mon sentiment d’impuissance sont aussi grands que mon enthousiasme. Mais que cela reste entre nous. Il n’y a qu’une chose à faire, c’est de balancer toutes nos énergies, chacun selon ses moyens.

  5. Henry Landroit dit :

    Très bonne démonstration !

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