Un peu de logique — Ce qui est bon pour l’entreprise n’est pas nécessairement bon pour l’économie, ou Le sophisme de composition

 

Bonjour!

 

C’est de l’économie, et c’est du Frédéric Lordon:

(…) on voudrait au moins rappeler le contresens princeps qui vicie immanquablement toute l’argumentation « par l’entreprise ». Contrairement à ce que suggère le sens commun éditorialiste, ce qui est bon « pour l’entreprise » n’est pas bon ipso facto pour l’économie tout entière. On appelle d’ailleurs « sophisme de composition » cette erreur intellectuelle qui consiste à étendre à la macroéconomie des énoncés valides pour la microéconomie, comme si la première n’était que l’extension « à l’identique » et à plus grande échelle de la seconde. En fait il n’en est rien, et il suffit pour s’en rendre compte d’imaginer la généralisation de ce rêve patronal — donc microéconomique — par excellence : le salaire zéro.

Sans doute faut-il solliciter rudement l’imagination pour se figurer des salariés travaillant effectivement quoique renonçant à tout salaire. Mais l’expérience de pensée a précisément cette vertu de permettre la démonstration par l’absurde. La composition des zéro-salaires microéconomiques produisant zéro revenu disponible à l’échelle macroéconomique, il n’y a plus aucune demande solvable des ménages adressée aux entreprises… Problème de coordination typique, où chaque entreprise désirerait en fait se réserver le privilège du salaire zéro en laissant à toutes les autres le soin de contribuer à former de la demande solvable. L’inconvénient étant bien sûr que, chaque entreprise faisant par devers soi le même raisonnement, toutes se défaussent et, par-là même, produisent collectivement leur impasse. Où l’on découvre que la macroéconomie n’est pas simplement de la microéconomie augmentée.

(La pompe à phynance – Contre le système bancaire-actionnaire, le blog de Frédéric Lordon. http://blog.mondediplo.net/2017-10-03-Le-service-de-la-classe)

Je reformule: ce qui est bon pour chaque entreprise individuellement (microéconomie), n’est pas nécessairement bon pour l’économie dans son ensemble (macroéconomie). Écraser les salaires, par exemple, avantage une entreprise particulière. Mais si toutes le font, il y a face aux productions une réduction de la capacité d’acheter, et elles auront globalement des difficultés à vendre leur production.

C’est bien l’impasse logique des politiques d’austérité, dont la preuve, répétée depuis plus de trente ans, n’arrive pas à pénétrer la couche corticale des journalistes et commentateurs. (Ne parlons pas des politiques, qui roulent pour des intérêts particuliers et non pour l’intérêt commun. Ni des économistes d’université « néo-classiques », aveuglés par la carrière.)

D’où cette chose déjà lue et entendue: il faut imposer aux entreprises des règles qu’elles refusent individuellement, pour qu’elles se portent collectivement mieux.

La pensée néo-libérale est une pensée de l’offre.
Elle refuse de considérer la dépense, ce que faisait le fordisme. Rappelons-nous qu’Henry Ford disait: Je paie bien mes ouvriers, pour qu’ils puissent acheter les voitures que mes usines produisent.
La pensée néo-libérale refuse de constater que l’économie est atone depuis trente ans en raison de l’écrasement de la part salariale dans le PIB.
C’est une pensée de classe.

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