Chantal Mouffe à Liège, ce jeudi 20 avril à 19 heures

 

 

Bonjour!

Chantal Mouffe est une théoricienne incontournable pour le mouvement social d’aujourd’hui.
Elle poursuit l’oeuvre commencée avec son mari argentin Ernesto Laclau, décédé en 2014. Elle enseigne à Londres, a l’oreille de Podemos, et l’on peut reconnaître ses thèmes dans les aperçus de Mélenchon sur la démocratie et dans sa stratégie politique.
Figurez-vous qu’elle donne une conférence publique à Liège, jeudi prochain.

Voici la présentation de l’événement par l’organisateur, l’université de Liège:

Le futur de la démocratie à l’âge de la post-politique

Chantal Mouffe est Professeur de théorie politique à l’Université de Westminster à Londres. Elle est l’auteure, entre autres, de L’illusion du consensus (Albin Michel, 2016), Le paradoxe démocratique (Beaux-Arts de Paris éditions, 2016), Agonistique. Penser politiquement le monde (Beaux-Arts de Paris éditions, 2014).
Dès 1985, avec Ernesto Laclau, Chantal Mouffe entreprend une refondation « postmarxiste » du socialisme dans Hégémonie et stratégie socialiste : Vers une démocratie radicale (Les Solitaires intempestifs, 2009). Depuis lors, elle a développé une théorie originale de la démocratie radicale et plurielle à partir du concept d’agonisme. Partant de l’idée qu’en politique, le conflit est inévitable, Mouffe essaie de tracer la voie à une véritable alternative au néolibéralisme (et au populisme qu’il engendre) dans le cadre d’institutions démocratiques qui rendent possible un conflit «agonistique» entre adversaires – par opposition au conflit «antagonistique» entre ennemis irréductibles.
Chantal Mouffe compte parmi les intellectuels européens les plus influents aujourd’hui sur la scène internationale.
Lieu : Salle Gothot, place du 20-Août 7, 4000 Liège (Centre-ville)
Contact : Université de Liège, www.msh.ulg.ac.be/inscription-a-conference-20-avril-2
Horaires :  Le 20/04/2017 à 19:00

(Je suis étonné que la page propose de s’inscrire à cette conférence, et je l’ai donc fait par précaution.)

Attention, il n’est pas probable qu’elle passe encore souvent par ici!

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En guise de préparation à cette soirée, ou à défaut de pouvoir assister à la conférence, il y a cet excellent entretien, très soigné, qu’elle a donné au Figaro il y a quelques jours. Je le joins ici en format PDF.

Votre serviteur trouve qu’il fait plus clair quand il lit ces choses. C’est un bonheur, l’esprit souffle.
Quelques extraits:

Je suis atterrée de voir en France l’effort de certains intellectuels pour essayer de prouver que Marine Le Pen est «fasciste» ou «antirépublicaine». Je ne suis pas d’accord avec ce genre de vocabulaire car il s’agit d’une manière d’éviter de comprendre ce qu’il y a de nouveau dans ce type de mouvement. Il est plus facile pour les partis sociaux-démocrates de dénoncer un prétendu retour des années 30 ou un racisme intrinsèque des catégories populaires que de se remettre en question. Il est important pour la gauche de faire une véritable analyse du succès des populismes de droite sans tomber dans une condamnation morale stérile et contre-productive.

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La lutte des classes existe, mais on ne peut pas tout ramener à celle-ci. Nous ne mettons pas en question l’existence d’antagonismes liés à l’économie et aux rapports de production. Ce que nous avons remis en question avec Laclau, c’est la philosophie de l’histoire, la métaphysique marxiste du progrès et du privilège ontologique de la classe ouvrière.

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Nous combattons aussi l’idée d’une subjectivité particulière liée à la condition d’ouvrier. Dans cette perspective marxiste, l’ouvrier doit avoir nécessairement une conscience socialiste et s’il ne l’a pas c’est une fausse conscience. Thomas Franck dans Pourquoi les pauvres votent à droite a bien montré que cette théorie essentialiste ne correspondait pas à une réalité bien plus complexe.

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Dans Hégémonie et stratégie socialiste, nous développions également l’idée qu’un projet socialiste ne peut consister uniquement dans la défense des intérêts de la classe ouvrière. A côté de la demande de justice sociale légitime, il y a toute une série d’autres demandes démocratiques qui ont à voir avec des antagonismes qui ne sont pas situés au niveau de l’économie: la lutte contre le racisme et le sexisme notamment. Il est nécessaire d’articuler ces différentes demandes. C’est pourquoi nous proposons de reformuler l’idéal socialiste en termes de radicalisation de la démocratie. Il faut étendre l’idéal démocratique à toute une série de domaines qui avant n’étaient pas conçus comme étant politiques. Pour autant, il n’a jamais été question d’abandonner les classes populaires ou de troquer le social contre le sociétal.

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…Tant que j’y suis, j’ajoute cette référence du même journal de milliardaire, lorsque Chantal Mouffe fut  invitée par les étudiants France Insoumise de Science Po, puisqu’apparemment il y en a, de ce genre d’étudiants, dans ce temple de la reproduction des élites. Il faut dire que l’économiste ami de Mélenchon de la première heure, et un de ses conseillers, sorti du PS en même temps que lui, s’appelle Jacques Généreux et enseigne là. Ici encore, un PDF.

Chantal Mouffe a théorisé l’idée d’un «populisme de gauche» qui rétablirait la «souveraineté populaire». «L’ennemi fondamental du néolibéralisme, c’est la souveraineté. Il vise à rompre les frontières.», dit-elle. Elle fustige le think thank Terra Nova qui, en 2012, avait préconisé au PS d’investir sur le vote des immigrés français. Elle cite le journaliste américain Thomas Frank, auteur de Pourquoi les pauvres votent à droite, un essai sur le basculement idéologique des classes populaires aux États-Unis, et fustige Hillary Clinton qui avait traité les électeurs de Trump de «déplorables». Elle souligne le gouffre entre les mouvements LGBT et les classes populaires, ou le lien entre un certain féminisme et le néolibéralisme. Cependant, Chantal Mouffe ne veut pas tomber dans une fétichisation de la classe ouvrière («la classe ouvrière n’a pas un privilège ontologique») et continue à vouloir penser l’articulation des luttes entre les immigrés, les homosexuels, les féministes et les ouvriers.

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Interrogée sur la victoire, alors probable, de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, la philosophe répond: «Je sais que Hamon se réclame de moi, mais je ne le connais pas. Si j’avais été forcée de voter à la primaire, j’aurais voté pour lui, mais je ne crois pas à la possibilité d’une rénovation du PS. La social-démocratie a vécu.»

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Hauts les coeurs!

 

Guy

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