Deux logiques de la vaccination. La santé publique et la protection individuelle

 

 

Bonjour !

 

J’ai déjà mentionné ces deux logiques de protection par la vaccination: la logique de santé publique, opportuniste car tributaire des approvisionnements voire des erreurs et impréparations, et la logique de protection individuelle, où chacun souhaite son « meilleur » vaccin, ce que vise aussi, en tout respect du serment d’Hippocrate, la médecine de terrain.

Voici que ces deux logiques s’opposent sur la place publique en Belgique. Sans doute est-il significatif que l’article du Soir du 27 avril, qui relève cette discordance, soit à la limite de l’obscurité, s’agissant de ne pas cultiver la peur, ou de ménager la chèvre et le chou. (En ligne ici ou en PDF .)

Que se passe-t-il?

(…) les ministres de la Santé fédéral et régionaux se sont toujours appuyés sur les recommandations des experts du Conseil supérieur de la santé (CSS) pour prendre leurs décisions. La semaine dernière, suite aux nouvelles données communiquées par l’Agence européenne du médicament en ce qui concerne l’administration des vaccins AstraZeneca et Janssen [de la firme Johnson & Johnson], les ministres avaient demandé un nouvel avis du CSS pour voir comment adapter à nouveau la campagne de vaccination.

Ces deux vaccins qui recourent à la même technique (un adénovirus en principe inoffensif, comme porteur ou vecteur d’un message génétique) sont suspectés d’avoir causé de très rares mais graves accidents circulatoires, parfois mortels, chez des personnes de moins de cinquante ans en bonne santé, principalement des femmes. Les liens entre ces effets secondaires et le vaccin sont considérés comme avérés pour le vaccin AstraZeneca, au point que le Danemark l’a banni définitivement, et sont toujours à l’étude pour le vaccin Johnson et Johnson à une seule dose. Les efficacités de ces deux vaccins telles qu’elles se mesurent ne sont par ailleurs pas les meilleures du tout.

Dans cet avis du CSS, on peut lire

qu’il recommande d’allouer le vaccin Vaxzevria (AstraZeneca) aux personnes âgées de plus de 50 ans, car elles en retirent le meilleur bénéfice et elles encourent le moins de risques.

Pour le vaccin Janssen, le conseil recommande à « l’unanimité » d’« appliquer, pour une période de 4 semaines, la même limite d’âge que celle recommandée pour le Vaxzevria », à savoir le limiter aux plus de 50 ans.

(…) en ce qui concerne l’administration de la deuxième dose pour les moins de 50 ans ayant reçu une dose d’AstraZeneca, le CSS avait plaidé pour un allongement de l’intervalle [à] 16 semaines, notamment pour avoir plus de données en provenance de l’Angleterre sur cette seconde dose.

Ceci est la recommandation de spécialistes de la médecine, axée sur la protection « hippocratique » des personnes individuelles.

Bien.
Mais le gouvernement n’a suivi le Conseil supérieur de la santé sur aucun de ces trois points.
Les ministres de la santé ont décidé:

–  d’administrer l’AstraZeneca aux plus de 41 ans,

–  de permettre la seconde dose avec ce vaccin dans un intervalle de 12 semaines et

–  de ne pas imposer de limite d’âge pour le vaccin Janssen.

La justification de la porte-parole du ministère fédéral de la santé est que

«Deux, trois ou quatre semaines de retard dans la vaccination sont autant d’hospitalisations ou de décès qui ne sont pas évités.»

En clair, des risques avérés ou encore à l’étude sur les deux vaccins AstraZeneca et Johnson sont « acceptés », ou balayés, par les autorités, pour la seule raison que ces vaccins sont en stock, et non remplaçables dans l’immédiat par un supplément inexistant des deux vaccins non sujets à ces observations d’effets secondaires graves, Pfizer-BioNTech et Moderna.
On retrouve ici sous l’affirmation « autant d’hospitalisations ou de décès qui ne sont pas évités » , ce nouvel « élément de langage » , un mantra brumeux, omniprésent dans les communications gouvernementales en Union Européenne, selon lequel « les avantages l’emportent sur les inconvénients » .

Mais le calcul n’est pas communiqué, si toutefois il y a un calcul des éminences grises de la biostatistique et de la bio-informatique. Cet élément, s’il existe, n’est pas publié. Or le CSS n’a apparemment pas calculé avec le même boulier-compteur.

« Le gouvernement a fait la balance entre les risques encourus par un retard de la vaccination si on n’utilise pas les doses à disposition et le risque individuel » , déclare Yves Van Laethem, membre de ce Conseil supérieur de la santé plutôt désavoué, ajoutant, fort diplomatiquement selon l’hypothèse favorable: ne pas cultiver la peur suite à une décision peu clairement motivée, ou fort docilement selon toute apparence: « Cela se défend. »
Encore une fois, qu’y a-t-il sur les deux plateaux de cette « balance »?

Ce qui ressemble fort à avaler une couleuvre pour le CSS, ressemble fort dans le chef des autorités, à un coup de poker.

Les ministres s’appellent eux-mêmes des responsables. Je n’en ai pas encore entendu un ou une prétendre le contraire, « Je suis irresponsable » , quoi qu’ils ont souvent trouvé des échappatoires à leurs devoirs. En Belgique en particulier, la simple démission d’un ministre en exercice est rarissime.
Cependant, être responsable, c’est encourir de devoir un jour rendre des comptes.
Un jour.
« À la fin » , comme dit le professeur Renaud Piarroux.

Hauts les coeurs !

 

Guy

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