Mickaël Correia : “Il y a des crimes climatiques, donc il y a des criminels

 

Bonjour !

 

« Mickaël Correia propose une écologie du rapport de force, qui désigne des responsables et propose donc des leviers d’actions autres que le désespoir ou la complaisance.
(…)
Grâce à ses travaux, on sait désormais que la révolution sera écologique ou ne sera pas et que l’écologie sans révolution et démantèlement du capitalisme fossile, c’est du macramé »
.

Voilà qui commence bien.

Diplômé d’université dans une orientation agroécologie et agroforesterie, Mickaël Correia est devenu journaliste et auteur. Il a collaboré à CQFD, au Monde diplomatique, co-fondé la revue Jef Klak, travaille aujourd’hui chez Mediapart, et a publié cette année Criminels climatiques aux éditions La Découverte.

C’est grâce à l’indispensable Rezo.net que je découvre un entretien qu’il a donné à ce nouveau « magazine des luttes de classe », Frustrationsmagazine.fr, que je découvre aussi par la même occasion. La mainmise des milliardaires ou oligarques sur la presse a au moins ceci de bon, qu’il y a désormais un public pour les médias indépendants et que ceux-ci se multiplient.

 

Extraits:

100 multinationales émettent 70% de l’effet de serre mondial. C’est un chiffre assez hallucinant qui renversait [dans son parcours personnel] beaucoup de choses, politiquement, dans l’imaginaire écolo.

Mickaël cite les trois plus polluantes: Saudi Aramco (Arabie Saoudite), China Energy (Chine) et Gazprom (Russie), qui sont respectivement le premier producteur de pétrole, le premier producteur de charbon et le premier producteur de gaz au monde (mais quelle surprise).

Notre auteur donne les noms:

Qui est Amine Nasser, le PDG d’Aramco ? Qui est Alex Miller, le PDG de Gazprom ? Quels sont ses liens avec le clan Poutine ?

Ces entreprises sont publiques, liées à des États:
70% des revenus de l’Etat saoudien viennent d’Aramco. Pour Gazprom, c’est le camp Poutine qui a fait main basse sur cette boîte. Pour China Energy, c’est le Parti communiste chinois qui a la main dessus. Le but c’est de montrer ce lien très fort entre les entreprises et les États.

(…)

Il s’agit aussi de prendre le contrepied de toute cette écologie sans ennemi, cette écologie colibri où l’on n’essaye pas de mettre en avant les rapports de domination et toute la structure sociale qui est autour de la crise climatique.

(…)

…pour irriguer en capitaux de façon permanente ce capitalisme fossile, l’industrie bancaire a investi plusieurs milliers de milliards de dollars entre le début des accords de Paris (2015) et 2019. JPMorgan, c’est la banque qui finance le plus ce capitalisme fossile. Pour l’anecdote, cette banque est un sponsor officiel de la COP26, et elle avait un espace de débat en son sein qui s’appelait le “resilience hub”

(…)

Il y a donc un triangle des Bermudes : les Etats, les entreprises, et les banques. On peut faire le parallèle avec la France : Total reçoit 2 milliards d’euros avec les plans de relance de la part de l’Etat Français, et ne paye quasi pas d’impôts. L’Etat français soutient un projet terrible en Ouganda, d’ouvrir 400 nouveaux puits, dans la zone des Grands Lacs. Macron a écrit au gouvernement ougandais pour soutenir ce projet.

cette rhétorique de gauche qui dit que les États sont pris en otage par la finance. Toi, tu montres que les deux se confondent.
L’exemple que je donne de ça, c’est avec Gazprom. Gerhard Schröder a été chancelier d’Allemagne avant de partir travailler pour cette entreprise : en tant que chancelier, il a milité pour la mise en place de Nord Stream, un grand pipeline pour abreuver toute l’Europe en gaz de Gazprom. Deux mois après sa défaite aux élections législatives, il est nommé à la tête du conseil de surveillance du consortium qui gère Nord Stream.

(…)

le chercheur Christophe Bonneuil (…) a montré qu’il y avait des crimes climatiques à l’œuvre, des gens qui meurent de situations climatiques extrêmes. Et s’il y a des crimes, il y a des criminels.
Aujourd’hui, on sait que Total est au courant depuis 1971, en interne, que son activité est nocive pour le climat. Les Big Oil américains le savent depuis 1965.

Dans un monde idéal, on pourrait ainsi dire que la France, qui est dans le top 10 des premiers émetteurs historiques de CO2, ou qu’une boite comme Total qui émet autant que la France, doivent être mis en lien avec des catastrophes subies par des pays du Sud.

(…)

On peut donc dire que depuis les années 70, tous les gouvernements occidentaux savent ce qu’il se passe ?
C’est encore pire : il y avait plus de volontarisme politique dans les années 90 qu’aujourd’hui !

(…)

le seul prisme générationnel pour penser la question écologiste ne marche pas.

(…)

il y a du travail idéologique à faire, car l’écologie reste imprégnée par l’écologie bourgeoise du développement personnel…
Oui, dans les quartiers populaires, l’écologie reste un marqueur de classe, un marqueur bourgeois. Il y a un vrai travail à faire.
1% des plus riches en France pollue plus que la moitié des Français donc pourquoi, de toute façon, aller dire aux quartiers populaires “réduisez votre empreinte carbone” ?

La question climatique est inhérente à la structure sociale. Nos civilisations basées sur l’imaginaire de l’abondance – qui est un imaginaire colonial – sont le problème.

(…)

sortir de l’idée que le climat serait une menace extérieure, comme dans Don’t look up. Alors que non, la question climatique est inhérente à la structure sociale.

 

That’s all, folks !
Mickaël Correia montre à la fin de l’entretien en quoi les luttes sociales, ouvrières, féministes, …, se raccordent à la question climatique.

Des sillons à creuser.

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