J’ai déjà parlé ici et là du projet de Traité transatlantique, qui comme le serpent des mers porte toutes sortes de noms, mais dont, à la différence de ce dernier, on connaît et l’ADN et la date de naissance présumée. L’adn aussi, acte de naissance, est déjà écrit.
Voyez ci-dessus un petit rappel qui ne manque pas de rythme.
Il est dû à l’équipe de datagueule, une série de micro-« web émissions » produite par France 4, dont le premier numéro date de juin 2014.
L’expression « burn-out » a tout du langage des motoristes et des artificiers. Elle indique l’épuisement complet du carburant. La fusée ou le pétard ont fait long feu.
Voilà un premier point.
Cet anglicisme recouvre un état proche de la notion psychologique plus ancienne de « décompensation » : épuisement, perte de repères, perte même du sens de l’identité. Pendant quelques jours le burn‑outé ou la burn‑outée ne savent plus vraiment qui ils sont.
Or voici que le burn-out a cessé d’être rare ou anglophone. Abandonnons les guillemets et les italiques, car chacun connaît désormais, et dans sa langue !, un cas de burn-out ou deux, rien n’indiquant la fin prochaine de cette extension du domaine de la chute.
Comme je suis fier de parler l’idiome dans lequel je suis tombé à la naissance, ce qui ne me donne aucun droit et n’a rien à voir avec la raison d’état, qu’elle soit de Hollanboma ou de Merkeloutine, comme je suis fier que 20.000 personnes au monde parlent le routoul…
J’écris ton nom, burnoutte. Le burnoutte.
Essayons une lecture provisoire.
Le burnoutte résulterait de deux réalités.
D’abord, il y la pression sur les travailleurs de tout niveau.
Par leur mise en concurrence, par les modes d’évaluation permanente et chiffrée, le ranking, par la modélisation des objectifs et des performances, par la normalisation des « compétences » qui exclut toute notion de savoir ou de savoir-faire (exclusion merveilleuse aussi dans le domaine des formations). Il y a tout ce processus, devenu omniprésent dans le monde du travail salarié, qu’Alain Supiot dissèque magistralement dans son livre L’esprit de Philadelphie.
Supiot nous dit que nous sommes passés du gouvernement par des lois à l’administration des choses. Les salariés de tout niveau sont traités comme des choses (et pas dans leur seule dimension de salariés !), et nous en sommes arrivés au « marché total » (d’autres parlent de la « marchandisation » de tous les aspects de la vie humaine et naturelle), dont le germe éclot d’après lui dès la campagne de Verdun. Du droit, il a une conception idéaliste et irénique (« qui croit en la paix universelle » ) qui me laisse sur ma faim, mais son analyse de l’évolution de la législation et des relations du travail me paraît tenir du scalpel autant que de l’orfèvrerie.
Deuxièmement.
Pour que les salariés en arrivent au burnoutte, qui signifie que l’effort porté contre soi-même a dépassé une limite très haute de dangerosité, il faut aussi que les enrichisseurs d’employeurs estiment ne pas pouvoir se soustraire à l’exigence qui leur est faite. Lire la suite
On se demande bien ce que reprise économique veut dire quand on voit ces chiffres! La langue journalistique ou économique est un mystère.
Pour faire bref, voici trois sous-titres de ce texte: « Sans revenus du jour au lendemain », Au moins 2 millions de Britanniques mal nourris, et Une politique « punitive » dirigée « contre les pauvres », sous lequel nous lisons:
l’invraisemblable augmentation de la pauvreté Outre-Manche depuis quelques mois trouve aussi ses origines dans le « Welfare Reform Act 2012 », la réforme d’ampleur de la protection sociale initiée par le gouvernement conservateur de David Cameron. Le journaliste et économiste Stewart Lansley, coauteur d’un essai intitulé Breadline Britain: the Rise of Mass Poverty (« La Grande-Bretagne sous le seuil de pauvreté : la montée de la pauvreté de masse ») évoque une politique « punitive » dirigée « contre les pauvres, et non contre la pauvreté »
David Cameron? Ah oui, ce jeune homme de bonne famille! Le pote de notre premier ministre, lui aussi fils de!
Ils sont en avance sur nous, les Britanniques, et ils en ont fait du chemin, depuis Margaret Thatcher. Lire la suite
La politique à contrecœur, c’est ainsi que cela devrait être.
En « vraie » démocratie, la politique ne serait pas un métier, mais un devoir, et se porter à tout prix candidat d’élection en élection serait un motif d’être écarté.
32.000 personnes perdent leur allocation de chômage le premier janvier. Soit elles vont relever de l’aide sociale, soit elles devront, si elles cohabitent, se débrouiller avec le seul salaire du ou de la cohabitant-e.
Il est évident que ces gens ont commis des actes qui méritent une punition !
Il paraît que les premiers de classe qui nous gouvernent savent que cette mesure est un gage de jours meilleurs pour tous. Moi, pauvre idiot, qui suis un premier de classe défroqué, je ne les crois pas!
– Euh, vous dites?
– …
– Que la « droite complexée », comme Frédéric Lordon appelle le PS, était au pouvoir quand la mesure a été prise? Lire la suite
Je suis descendu à pied en ville, au milieu de l’après-midi. Descendre est le mot juste, puisque je vis à l’altitude 147, et les quais sur Meuse à Liège sont à 65. En un quart d’heure je suis au centre.
Il y a plusieurs centres à Liège, disent les dépliants de l’office du tourisme. Lire la suite
En kiosque, Trends-Tendances du 27 novembre 2014 – Photo G. L.
Bonjour!
Faut-il être sémiologue ou spécialiste du langage des signes, doté d’un talent de traducteur de la pierre de Rosette, pour décoder cette couverture?
Tout d’un coup, la presse du capital nous dit que les gens qui travaillent « doivent travailler ». Ah! Ils doivent, les pauvres? N’ai-je pas mille fois entendu qu’ils le choisissaient, de travailler ou pas? Eh bien, la presse de l’entreprise peut le dire, qu’ils doivent travailler, et elle le dit! …Mais uniquement dans l’hypothèse où ils ne devraient plus le faire.
…Glâce à Groogle! Lire la suite
Les technologies ne sont pas des intermédiaires neutres entre le monde et nous. Elles redéfinissent ou altèrent leur champ d’action. Elles cultivent ou font émerger des conduites ou des postures mentales pouvant être socialement toxiques. Des sociopathies.
Et pour vendre, elles répandent des discours publicitaires et justificateurs qui n’ont rien d’éthiquement neutre non plus.
« On devrait traiter la Silicon Valley avec la même suspicion que Wall Street »
Ebola: un retard dans le diagnostic du patient du Texas fait craindre d’autres cas
(…) « Ce patient a dit à l’infirmière chargée d’établir la fiche d’informations avoir récemment voyagé en Afrique » lors de sa première visite à l’hôpital, a affirmé mercredi le Dr Mark Lester, directeur général de Texas Health Resources lors d’une conférence de presse. « Malheureusement cette information n’a pas été transmise à toute l’équipe soignante et n’a pas pu être prise en compte dans leur décision clinique », a-t-il ajouté. Le patient a donc été renvoyé chez lui le jour même après avec un diagnostic d' »infection virale bénigne ».Lire la suite